Comment lit-on en ligne ?
Article de la rubrique "Écriture web"
Traduction d’un article de Michael Agger, du 13 Juin 2008
Pourquoi cet article?
Le mois dernier, j’étais loin de l’ordinateur. De retour, je lis sur mon écran de nombreuses heures par jour. D’où ma réflexion : comment lit-on en ligne ?
Vous lisez probablement ce qui suit.
C’est un petit paragraphe en haut de la page. Il est entouré par des espaces. Il est en petits caractères.
Pour vraiment obtenir votre attention, je devrais écrire comme ceci:
Liste à puces
Emploi occasionnel de caractères gras pour éviter l’écrémage(1)
Portions de phrases courtes
Sous-titres explicites
Pas de jeux de mots
Ai-je mentionné les listes ?
La Jungle
C’est une théorie de Jakob Nielsen. Expert en usabilité(2), il publie un bihebdomadaire influent sur des sujets tels que la recherche en “eye-tracking”, les erreurs de conception Web, et les bannières invisibles. (au fait, les liens donnent plus d’autorité au texte, et sont susceptibles de vous faire rester.)
Nielsen défend l’idée de provisions de l’information. Les humains sont informavores. Sur l’Internet, nous cherchons des faits. Récemment, quand la navigation entre sites était chronophage, nous avions tendance à rester dans un lieu et fouiller. Maintenant, nous évaluons un site rapidement, à la recherche d’un “fumet d’information”. Nous tournons les talons s’il ne nous semble pas y avoir de quoi se rassasier aux alentours.
Désolé pour le long paragraphe. (Les études en eye-tracking montrent que les lecteurs en ligne ont tendance à sauter de gros blocs de texte.)
Aussi, je vous ai sans doute obligé à descendre ici. Perte d’un certain pourcentage incroyable de lecteurs. Au revoir. Amusez-vous bien sur Facebook.
Ecran contre Livre
Qu’en est-il du processus physique de lecture sur un écran ? Comment cela se compare au papier ?
Lorsque vous étudiez les premières recherches, il est fascinant de voir que, même au temps des moniteurs vert phosphorescent, des études ont constaté qu’il n’y avait pas une grande différence dans la vitesse et la compréhension, entre lecture à l’écran et lecture sur papier. Le papier n’a été clairement gagnant que lorsque les sujets ont été invités à lire le texte en diagonale.
Les études ne sont pas définitives, cependant, compte tenu de tous les facteurs qui peuvent influer sur la lecture en ligne, tels que le défilement, la taille de police, l’expertise des utilisateurs, etc., Nielsen estime que la lecture sur écran est 25% plus lente que la lecture sur papier. Cependant les experts s’accordent sur ce que vous pouvez faire pour rendre la lecture à l’écran plus confortable :
- Choisissez une police par défaut conçue pour la lecture à l’écran, par exemple Verdana, Trebuchet, Georgia.
- Reposez vos yeux pendant 10 minutes toutes les 30 minutes.
- Ayez un bon moniteur. Ne le réglez pas trop clair ou trop près de vos yeux.
- Réduisez au minimum les reflets.
- Évitez les longues lignes de texte, qui favorisent la fatigue.
- Évitez MySpace.
Retour à la jungle
Description appropriée de Nielsen du lecteur en ligne: “Les [U]tilisateurs(3) sont égoïstes, paresseux, et impitoyable.”. Toi, mon cher utilisateur, tu cueilles des fruits à portée de main. Quand tu arrives sur une page, tu ne daignes pas la lire. Tu scannes. Si tu ne vois pas ce dont tu as besoin, tu t’en vas.
Et ce n’est pas toi qui doit changer. C’est moi, le rédacteur :
- Une idée par paragraphe
- La moitié des mots en “rédaction conforme” ! (Ouch!)
- D’autres choses dans ces lignes
Souvent Nielsen semble être un croisement entre EB White(4) et Terminator. Voici son conseil dans une colonne intitulée “Courts contre longs articles comme stratégie de contenu”: “Un bon éditeur doit être en mesure de réduire de 40% le nombre de mots en ne supprimant que 30% de la valeur d’un article. Après tout, les coupures ne doivent cibler que les informations les moins précieuses.”.
[Note: Apartés passionnants par la voix de l'écrivain, particularismes, et ego fragiles ont été coupés ici.]
Il a raison
Je charrie Nielsen, mais il est très sensé. Nous sommes des participants actifs sur le Web, à la recherche d’information et de divertissement. Il est naturel que les gens préfèrent des articles courts. Comme l’indique Nielsen, les lecteurs motivés qui veulent tout savoir sur un sujet (par exemple, des parents qui tentent de mettre leur enfant dans la meilleure maternelle) vont lire de longs traités avec virgules, mais les autres picorent. Son conseil: adopter l’hypertexte. Gardez des choses courtes pour les masses, mais proposez des liens pour les motivés.
Pas de blogs, bien que
Nielsen peut être impitoyable sur la brièveté, mais il ne préconise pas les blogs. Voici sa logique: “Ces messages sont bons pour générer des controverses et à court terme du trafic, et ils sont certainement plus facile à écrire. Mais ils ne construisent pas une valeur durable.”
C’est un point discutable. De par mon expérience un blogueur sérieux qui balise ses posts peut couvrir correctement un sujet. Mais l’idée de Nielsen est que les gens vont lire (et peut-être même payer) l’expertise qu’ils ne peuvent trouver nulle part ailleurs. Si vous voulez battre Internet, vous ne le ferez pas par les blogs (car même les penseurs de temps en temps écrivent un grand article de blog), mais en offrant un traitement complet d’un sujet (ce qui permettra au lecteur de gagner du temps sur la recherche multi sites) et en présentant une vision originale (fournissant une analyse de confiance qui ne peut être facilement reproduite par un non expert).
Comme beaucoup de choses que dit Nielsen, c’est à la fois évident et sensé.
Lecture ludique
Nielsen se concentre sur la façon de capter l’attention des gens pour transmettre de l’information. Il ne s’intéresse pas trop au plaisir de lire.
Plaisir de lecture est également connu sous le nom de “lecture ludique”. Victor Nell a étudié le plaisir de lire (PDF). Deux notions fascinantes:
- Quand on aime un texte, on lit plus lentement.
- Lorsque nous sommes réellement plongés dans un texte, c’est comme être dans une légère hypnose.
La lecture ludique peut se faire sur le Web, mais l’environnement travaille contre vous. Lire une belle phrase, être interpelé par la sonnerie d’un message instantané, ne jamais revenir à l’histoire.
J’imagine que les lecteurs ludiques sont les petits paresseux qui se cachent dans la jungle tandis que tout le monde est sorti se déchaîner autour de la viande fraîche.
Réflexion finale inutile
Nous lirons de plus en plus sur des écrans, mais ils ne remplaceront pas le papier - Quoi qu’en dise votre ami sur Kindle(5). Au contraire, le papier semble être le nouveau Prozac. Un baume pour la distraction de l’esprit. Il est maîtrisable, hors ligne, tactile. William Powers écrit à propos de cette élégance dans son essai “Hamlet’s BlackBerry: Why Paper Is Eternal“. Il décrit le papier comme “un point fixe, un point d’ancrage de la conscience”.
Moby Dick est devenu un club de remise en forme.
Slate est une grande gare centrale.
OK, vous pouvez partir maintenant.
Traduit d’un article de Michael Agger, du 13 Juin 2008.
Indulgence pour la traduction : je ne suis ni traductrice ni anglophone !
Notes :
(1) Technique de lecture rapide qui consiste à lire un texte en diagonale en s’arrêtant sur les mots clefs porteur d’information.
(2) Débat sur la traduction de “usability” : usabilité ou utilisabilité ?
(3) Le [U] en anglais se prononce comme “you” : Nielsen sous-entend “vous” à la place de “utilisateur”.
(4) Auteur de Stuart Little et autres œuvres pour enfants.
(5) Service de livres électroniques















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